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Pour une ville plus responsable

dimanche 23 mars 2014


Article publié sur le site du magazine Friture :
http://www.frituremag.info

A l’occasion de la parution du Numéro spécial "Demain, ma ville" :
http://www.frituremag.info/Demain-ma-ville-Le-No21-de-la/Demain-ma-ville.html?

A voir sur tv Bruits :

Manifestation des habitants de la Réquisition du quai Saint Pierre

La Réquisition du quai Saint Pierre, vue par les enfants qui y habitent

Depuis avril 2013, des personnes à la rue, surtout des familles, ont réquisitionné des locaux publics ou appartenant à de grands propriétaires privés afin de pouvoir se mettre à l’abri en attendant un hébergement ou un logement social. Soutenue par le collectif SDF, le Groupement Pour la défense du travail Social (GPS), le Droit Au Logement Toulouse (DAL) et des citoyens militants, cette centaine de personnes vit depuis septembre quai Saint Pierre dans un bâtiment de 3 800 m2 appartenant à Toulouse Métropole.

Ils lancent ici un appel pour une ville qui loge, abrite, nourrit, éduque, informe...

Il ne s’agit pas d’un hébergement d’urgence mais d’un véritable lieu de vie qui participe à l’autonomisation des personnes à travers le droit commun et l’accompagnement par des travailleurs sociaux militants qui facilitent la stabilisation par les démarches socio-administratives, la scolarisation, l’emploi et l’accès à la santé.
Soutenu par de nombreuses associations, ce lieu de vie autogéré permet aux personnes de sortir de l’isolement et de créer du lien social au sein du quartier : soutien scolaire, ateliers informatique, vélo et cuisine, cours de français, animations pour enfants, repas partagés…"

Par des habitants et militants de la réquisition solidaire du quai Saint Pierre à Toulouse

Pour une ville plus responsable :
Qui logera et abritera

Notre ville de demain sera avant tout plus juste et ne tolérera plus que certains d’entre nous soient contraints de dormir dans des voitures, des tentes en bord de route ou en zone inondable, dans des cages d’escaliers ou des entrées d’immeuble.
En France, le nombre de personnes sans domicile fixe a doublé durant les années 2000. A Toulouse et depuis des années, c’est, selon les chiffres officiels, entre 75 et 95% de ceux qui appellent le 115 qui n’obtiennent pas de solution. Avec seulement 1,1 place en hébergement d’urgence ou d’insertion pour 1000 habitants, Toulouse est gravement en dessous de la moyenne nationale qui est de 1,8 : 600 places d’hébergement combleraient ce retard.
Il y a pourtant aujourd’hui à Toulouse plus de logements vacants que de personnes laissées à la rue. Il y a aussi plus de 200 000 m² de bureaux vides dont de nombreux qui le sont depuis une dizaine d’années et pourraient être convertis en logements et en hébergements. Malgré cette situation catastrophique, la loi de réquisition de 1945 n’est toujours pas appliquée.
L’iniquité territoriale que subit la ville va au-delà du nombre de places annuelles d’hébergement. Les travailleurs sociaux du 115 sont par exemple trois fois moins nombreux aujourd’hui à Toulouse qu’à Bordeaux. Seules 60 places d’accueil hivernal ont été ouvertes alors que la métropole girondine en a obtenu 300.
Ayant obtenu la gestion de l’hébergement d’urgence confiée jusqu’à maintenant à un Etat inerte et irresponsable, la métropole de demain n’aura plus d’excuse pour ne pas soutenir de façon plus réactive, efficace et humaine les initiatives collectives. Les hébergements indignes et les onéreuses nuits d’hôtels qui ne permettent même pas de cuisiner ne seront plus qu’un très mauvais souvenir.
L’argent public économisé aura été utilisé pour réhabiliter des logements et convertir des immeubles de bureaux en logement, hébergement et lieux de vie variés.

Qui soutiendra des projets adaptés à tous

Les solutions alternatives, innovantes et émancipatrices seront soutenues et le droit de vivre autrement respecté.
La vie à la rue n’est que la forme la plus visible, criante et destructrice d’une précarité sociale qui années après années touche de plus en plus d’enfants, femmes, hommes : endettement et fins de mois difficiles, problèmes d’insalubrité, logements devenus trop petits ou trop grands et trop chers, absence de garant permettant de louer, manque d’apport pour acheter, types de contrats de travail trop précaires…
Les jeunes de moins de 25 ans sont proportionnellement les plus nombreux à être concernés, mais depuis une dizaine d’années, les femmes isolées, les personnes âgées et les handicapés sont de plus en plus en difficultés. La ville de demain proposera à chacun de ses habitants un logement ou un hébergement adapté et correspondant à son vécu et à son projet de vie. Des solutions d’hébergement spécialisées doivent notamment être proposées aux femmes victimes de violence ou aux personnes ayant vécu très longtemps à la rue.
La ville soutiendra également l’habitat alternatif, les lieux de vie collectifs, les centre sociaux autogérés et toutes les solutions qui permettront aux individus de se (re)construire et de (re)donner du « sens » à leur vie.
Les lieux d’habitation et d’activité seront reliés par des transports publics gratuits et des moyens de transports partagés seuls à même de relever de façon juste les défis de la mobilité dans un monde aux ressources limitées.

Qui nourrira

Territoire en transition, notre ville de demain développera la production locale : compost, cultures vivrières sous forme de jardins partagés et même de jardins sur les toits ou encore ruchers urbains. Ainsi, grâce à l’implication et à l’organisation des populations, elle répondra aux enjeux et problématiques globaux tels que le dérèglement climatique et l’épuisement des ressources naturelles.
Au-delà de la production, le gâchis alimentaire et la malbouffe seront minimisés grâce à l’éducation, un meilleur partage et l’ouverture de cantines populaires dans chaque quartier.

Qui préviendra et soignera

L’accès à la santé sera garanti grâce à la présence dans chaque quartier d’un centre médico-social municipal, du service hygiène et santé notamment lié à la restauration et à l’habitat et d’un espace d’information et de prévention destiné particulièrement aux plus vulnérables.
La santé des habitants ne pourra être assurée qu’en garantissant l’accès à un habitat digne et une alimentation saine et équilibrée.

Qui éduquera, informera et cultivera

La ville aura pour objectif de rendre effective l’égalité d’accès à l’éducation, à la formation et à la qualification. En complément du système éducatif institutionnel, l’éducation populaire ainsi que la transmission et l’entraide intergénérationnelles seront facilitées et encouragées.
L’architecture et le mobilier urbain favoriseront la rencontre, l’échange et le vivre ensemble. L’informel sera complété par des lieux permettant le recours à des outils tels que l’assemblée populaire. Les savoir-faire et connaissances seront partagés dans des lieux culturels mais également dans des ateliers de fabrication et réparation, notamment de mécanique vélo et automobile, de couture, de menuiserie, d’électronique et d’informatique.
Notre ville de demain ne pourra exister sans des journalistes et des médias locaux qui auront les moyens de prendre le temps d’étudier les sujets afin de mettre en perspective les informations et permettre des regards fondés et critiques. Il n’y aura pas un hégémonique journal régional, mais une multitude de médias indépendants. Celle-ci permettra de garantir l’expression des opinions même minoritaires ou en contradiction avec d’importants intérêts privés.

Qui respectera les droits et saura se mobiliser massivement

Les droits et les démarches administratives qui permettent d’y accéder sont complexes et trop souvent décourageantes. C’est dans chaque quartier qu’il faudra un Pôle d’Accueil, d’Information et d’Orientation et un service de conseil juridique gratuit pour que chacun puisse connaître et faire reconnaître ses droits. Pour que ces-derniers soient réels, la ville doit disposer de moyens suffisants afin que les dispositifs prévus soient accessibles et que les travailleurs sociaux puissent exercer réellement leur métier.
Notre ville de demain sera humaine, militante et solidaire. Ses habitants sauront se rassembler et agir collectivement lorsqu’il sera nécessaire de défendre les droits des personnes et leur extension. Enfin débarrassés d’un sclérosant fatalisme, ils ne permettront plus que l’inacceptable et l’injustifiable perdurent. Dans L’Homme révolté, Albert Camus constatait déjà que « La révolte naît du spectacle de la déraison, devant une condition injuste et incompréhensible. »

Qui permettra le bien-vivre de tous

La ville de demain combinera services municipaux, organisations associatives et autogérées et saura ainsi répondre de façon satisfaisante aux besoins fondamentaux : habitation, alimentation, santé, éducation et culture. Elle refusera la privatisation des services de l’eau et de l’assainissement, de la collecte et de la valorisation des déchets ou encore des voies publiques et de leur gestion.
Elle ne pourra y répondre qu’en s’appuyant sur plus de justice sociale, une relocalisation productive et démocratique, le respect d’une véritable mixité sociale et culturelle et la volonté permanente du plus grand nombre de faire « société » et de vivre ensemble. Le lien social, l’entraide, la solidarité et le respect en seront les ciments.
Dès aujourd’hui, chacun est invité à concevoir cette ville de demain dans des cadres associatifs, syndicaux et politiques. Chacun peut dès à présent participer de façon utile et concrète à sa construction : quartiers et territoires en transition, réquisitions solidaires, coopératives…

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