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Ciné-tract #05 : Le feu aux poudres à Athènes

lundi 4 juin 2012

Attention : les films de cette rubrique ne peuvent être reproduits ailleurs qu'avec l'autorisation de leur(s) auteur(s).

Suicide d’un retraité de 77 ans sur la place Syntagma (place du parlement) à Athènes.


Le feu aux poudres à Athènes

Il y a, quand on arrive en Grèce, une émotion profonde, celle de fouler la terre de Socrate, d’Homère et de Sophocle.
Puis, il y a le choc de nouvelles couleurs : le vert mat des oliviers forme la partie centrale de l’image, au dessus le bleu éclatant du ciel, au dessous le marron-orangé, sec, de la terre, forme la bande inférieure de ce drapeau naturel. Un pavillon si éloigné des durs motifs bleus et blancs officiels. Une bannière chaleureuse qui nous parle d’un monde sans frontières.
Ensuite, viennent les premiers bâtiments et ce sont ceux de Leroy Merlin et d’Ikea que l’on aperçoit.
Les premières ruelles apparaissent, merdeuses et ensanglantées, longées de magasins en ruine et d’immeubles à l’abandon.
Il y a là des femmes trop maquillées et des hommes trop coiffés.
Il y a aussi cette soupe populaire sur la place Syntagma (place de la Constitution, entourée par le Parlement, un indécent hôtel de Grande Bretagne et un Mac Do qui distribue ses gobelets aux mendiants...). Place Syntagma, qui, trois jours plus tard, sera le théâtre d’un suicide en forme d’étincelle. Un homme de 77 ans, ancien pharmacien, se tire une balle dans la tête, à 9h du matin, en pleine affluence, en gueulant à la face du monde qu’il ne peut plus payer sa nourriture, qu’il ne veut pas fouiller dans les poubelles mais qu’il n’a plus la force de se battre alors qu’il attend des jeunes qu’ils prennent les armes.
Et BOUM !
Sang, encore.
MAT (CRS), encore.
Marbre qui pave la place défoncé pour être utilisé comme projectile.
Gaz toxique.
Grenades flash.
Soudain, les hommes-jupettes-chaussures-à-pompons qui tous les jours font leur cirque devant le Parlement, pour une fois, sortent par la petite porte.
J’ai vu l’Acropole presque vide et le Parthénon sur lequel flottait un bien triste drapeau. Plus rien ne reste du fantôme de la démocratie : pas d’élections, pas d’oreille tendue vers le peuple, des tabassages d’immigrés, repoussés par les CRS dans le quartier fasciste et des enfants de classe moyenne qui font des malaises à l’école faute de nourriture.
J’ai vu une institutrice parler trop vite pour dire qui son salaire avait été diminué de moitié, pour dire qu’ils nourrissent leurs élèves en cours, pour montrer que les enfants ne dessinent plus des papillons sur les murs des écoles mais des voitures qui brûlent.
J’ai vu une mère, une femme formidable, me faire promettre de ne jamais fuir une charge de CRS vers un recoin, une petite rue ou une contre allée sombre, parce que là, les Matsi (flics) pourraient me tuer. Me tuer et dire à la télévision que c’est l’oeuvre d’un immigré ou d’un anarchiste.
J’ai vu cette femme fixer un RG mal caché pour lui faire peur (et ça a marché). Je l’ai vu, avec sa fille à ses côtés, avec sa colère dans le coeur, sans hésitation, traverser les rues pilonnées et sourire en voyant un violoniste de rue, absorbé dans son art, qui continuait à jouer, inconscient de la lutte à quelques mètres de lui. C’était beau et surréaliste.
Athènes, aujourd’hui, vit ça et bien plus.
A Hellenicos, sur les ruines des structures Olympiques désertées (elles ont 8 ans...), 3000 personnes ont planté des oliviers. Plus loin, un jardin potager autogéré s’est organisé à la place de l’ancien aéroport. Ces cultures permettent de nourrir le quartier et de recréer du lien social pour des personnes que le chômage a exclu de ce tissus vital.
Dans les rues d’Athènes, partout, les graffitis, pochoirs, tags, expriment la force et la grâce du peuple. Des chefs d’oeuvres s’y affichent aux regards de tous.
L’expression, la pensée partagée, l’organisation, la liberté dans la parole retrouvée renaissent dans les lieux autogérés (hôpitaux, jardins et même villages), les assemblées populaires de quartier, les cours collectifs à but non lucratif, les cuisines solidaires, etc.
La vie, partout, essaie soit de se maintenir, soit de reprendre.

La cendre n’est pas encore éteinte,
peut-être même que l’incendie n’a pas encore pris sa pleine mesure,
mais les graines sont déjà en germe dans cette terre fertile et sublime,
dans ce peuple.

Dans les faits (je suis sûre que ces mots ne sont pas assez concrets pour certains), les élections sont toujours otages du pouvoir ("on" parle du 6 mai), le gouvernement en profite pour, jusque là, faire sa pub en "nettoyant" le centre ville des immigrés et le memorandum n°3, attendu pour juin, fait trembler dans les chaumières (oui, parce que c’est un de ces précédents qui a établi, par exemple, la diminution de 50% de presque tous les salaires... à temps de travail égal).
En attendant, on vit à cinq dans un appartement, on ne paie plus ses factures, on vend la voiture pour la remplacer par un scooter, on mange moins... MAIS... on a du faux-Gucci sur le nez et on affiche les marques de la façon la plus ostentatoire possible.

Grèce, pays de contraste.
Banque/immeuble en ruine/magasin de luxe/dealer de drogue.

Grèce, pays en pleine terreur.
Exécutions de rue, détentions "préventives" arbitraires, suicides publics, rafles d’immigrés cachés dans les facs (de droit notamment), fausses alertes-à-la-bombe-posée-par-les-flics, etc.

Grèce, pays laboratoire pour toute l’Europe (voire le monde).
Grèce, là où le changement devient évident.

Monde, un virage t’attend :
c’est du marbre que les hommes se jettent à la figure au pied de l’Acropole.

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