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Le coup de colère d’Anne-Marie Gara

jeudi 11 décembre 2008


Anne-Marie Garat est écrivain. Elle nous écrit ceci :

« En 1933, depuis près de trois ans, le Reichstag avalise sans
broncher ; les décisions se prennent sans débats ni votes. Von
Hindenburg gouverne un coude sur l’épaule des SPD, tétanisés, un coude
sur celle des nazis, bons bougres. Hitler n’a plus qu’à sauter sur
l’estrade, grand clown des atrocités, impayable dans son frac tout neuf.
Qui prétend encore que c’est arrivé du frais matin ?

Le sommeil a bon dos, où naissent les songes, et les cauchemars. Mais
on ne se réveille pas dans le pire, stupeur, au saut du lit : le pire
s’est installé, insidieux, dans le paysage, banalisé par l’apathie ou
l’incrédulité des uns, la bénédiction des autres.

Des gendarmes brutaux, grossiers, débarquent impunément avec leurs
chiens dans les classes d’un collège du Gers, pour une fouille musclée ;
le proviseur entérine, bonasse. Et le ministre de l’Education, qu’en
dit-il ? Que dit-il de l’enlèvement d’enfants dans une école de
Grenoble, d’eux et de leur famille expulsés en vingt-quatre heures,
après combien d’autres ? Qui tient la comptabilité de ces exactions
ordinaires ?

Un journaliste est interpellé chez lui, insulté, menotté, fouillé au
corps, pour une suspicion de diffamation, qui reste encore à démontrer
en justice… Qu’en dit la Garde des Sceaux ? Elle approuve (mutine
bague Cartier au doigt, n’en déplaise au /Figaro/).

Nos enfants, nos journalistes, ce sont encore catégories sensibles à
l’opinion. Celle-ci s’émeut-elle ? Mollement. Elle somnole.

Mais les réfugiés de Sangatte, chassés comme bêtes, affamés dans les
bois ; les miséreux du bois de Vincennes menacés de « ratissage », les
gueux de nos trottoirs au vent d’hiver ? Les sans-papiers raflés,
entassés dans des lieux de non-droit, décharges d’une société qui
détourne le regard ignoble de son indifférence ? Et la masse des
anonymes, traités mêmement comme rebut par une administration servile ?
Au secours, Hugo !

Il y a de jeunes marginaux qualifiés par la ministre de l’Intérieur
d’« ultra gauche » – spectre opportun des bonnes vieilles terreurs –,
jusqu’ici, pure pétition communicationnelle… Sa police veille, arme à
la hanche, elle arpente, virile, les couloirs du métro, des gares.
Sommes-nous en Etat de siège ? A quand l’armée en ville ?

Il y a le malade mental incriminé à vie par anticipation ; l’étranger
criminalisé de l’être ; le jeune de banlieue stigmatisé pour
dissidence du salut au drapeau : danger public ; le prisonnier encagé
dans des taudis surpeuplés – à 12 ans, bientôt ; le sans-travail
accusé d’être un profiteur, le pauvre d’être pauvre et de coûter cher
aux riches ; le militant associatif qui le défend condamné,
lourdement, pour entrave à la voie publique. Il y a le fonctionnaire
taxé de fainéantise (vieille antienne) ; l’élu réduit au godillot ; le
juge sous menace de rétorsion ; le parlementariste assimilé au petit
pois ; la télé publique bradée aux bons amis du Président, qui fixent
le tarif ; son PDG berlusconisé et des pubs d’Etat pour nous informer
– à quand un ministre de la Propagande ? On en a bien un de l’Identité
nationale. Et le bon ami de Corse, l’escroc notoire, amuseurs
sinistres, protégés par décret du prince…

Criminalisation systématique de qui s’insurge, dénis de justice,
inhumanité érigés en principe de gouvernement. Presse paillasson,
muselée par ses patrons, industriels des armes. Intimidations,
contrôles au faciès, humiliations, brutalités, violences et leurs
dérapages – quelques précipités du balcon, quelques morts de tabassage
accidentel –, sitôt providentiellement dilués dans le brouhaha des
crises bancaires, de l’affairisme et du sensationnel saignant,
bienvenue au JT : touristes égarés, intempéries, embouteillages du
soir… Carla et Tapie en vedettes.
Ces faits sont-ils vraiment divers, ou bien signent-ils un état de
fait ? En réalité, un état de droite. Extrême. Dire que Le Pen nous
faisait peur…

Cela rampe, s’insinue et s’impose, cela s’installe : ma foi, jour
après jour, cela devient tout naturel. Normal : c’est, d’ores et déjà,
le lot quotidien d’une France défigurée, demain matin effarée de sa
nudité, livrée aux menées d’une dictature qui ne dit pas son nom. Ah !
le gros mot ! N’exagérons pas, s’offusquent les mal réveillés. Tout va
bien : M. Hortefeux est, paraît-il, bon bougre dans sa vie privée.

“Tout est possible”, avait pourtant promis le candidat. Entendons-le
bien. Entendons ce qu’il y a de totalitaire dans cette promesse
cynique qui, d’avance, annonce le pire.

Sous son agitation pathologique, un instant comique – au secours,
Chaplin ! –, sous ses discours de tréteaux, ses déclarations à tous
vents, contradictoires, paradoxales, sous son improvisation politique
(oripeau du pragmatisme), sous sa face de tic et toc s’avance le mufle
des suicideurs de république, des assassins de la morale publique. La
tête grossit, elle fixe et sidère.

Continuerons-nous à dormir ? Ou à piquer la marionnette de banderilles
de Noël ? »

Anne-Marie Garat

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1 commentaire
  • Le coup de colère d’Anne-Marie Gara 17 décembre 2008 22:39, par philippe a.

    penses tu vraiment que tout le monde dort ??
    des gens résistent, des gens s’opposent, ....
    et Sarkozy n’ai pas Hitler ...la nuit de cristal ,les bandes armées de SA et SS , c’était ,malheureusement , autrement violent.
    Sarkozy est Sarkozy sans chercher des comparaisons , ses actes, ses mots suffisenrt à nous faire réagir
    philippeA.

    Répondre



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