Retour sur le blocage de l’A64 en janvier 2024.
Je suis agriculteur mais je ne me retrouve pas dans les revendications du mouvement déclenché le 16 janvier. Je suis allé sur place pour échanger avec les agriculteurs présents. Ils tiennent à ne pas être récupérés par les syndicats.
Ce mouvement est celui d’agriculteurs conventionnels qui trouvent que les charges sont trop hautes et les mesures administratives de défense de l’environnement trop contraignantes. Et ils dénoncent aussi ce qu’ils appellent un agribashing.
Pour les charges il faut entendre en agriculture, les frais dus à l’inflation. Carburant, électricité, engrais, pesticides, mécanique, soins vétérinaires tout augmente sauf les prix de vente. Ce ne sont pas les cotisations sociales concernant le salariat peu développé dans ce secteur. Pourtant les agriculteurs bénéficient déjà de ristournes sur le carburant notamment, avec le Gazole Non Routier, GNR.
Des zones vulnérables ont été établies en bordure de cours d’eau, où l’épandage d’engrais et pesticides est réduit voire interdit. En tant qu’agriculteur en bio, je ne trouve pas que les mesures administratives soient trop contraignantes. Celles visées par ce mouvement vont dans le bon sens celui de sauver encore ce qui peut l’être de notre qualité de l’eau, des rivières et nappes phréatiques, de sauver la biodiversité de la flore et de la faune sauvage. Les agriculteurs réclament plus de facilités pour construire des retenues d’eau. Mais c’est déjà le cas ! Le département de la haute Garonne soutient la création de retenues colinaires. Et les projets de bassines qui pompent l’eau dans les nappes phréatiques et privatisent un bien commun pour 2 ou 3 agriculteurs sont eux aussi appuyés par les institutions.
Franchement on demande pas des choses très compliquées mais les agriculteurs conventionnels croient encore que l’augmentation de leur production les enrichira. Ce modèle d’agriculture intensive pourtant a montré son incapacité à assurer les revenus et la survie des agriculteurs depuis les années 50.
Ils croient donc qu’arracher les haies et enterrer les petits ruisseaux avec des drains, leur permettra avec des machines plus grosses, de travailler plus vite, et donc sur une plus grande surface. Et sans zonage réglementé s’il vous plaît ! La résistance des plantes face aux herbicides poussent a encore plus forcer la dose ou à recourir aux ogm. Car le principe est de créer des cultures résistantes aux pesticides pour éliminer toutes les mauvaises herbes concurrentes. C’est la fuite en avant toujours et encore. Ils se rêvent tous à la tête d’une entreprise de 500 vaches, 1000 hectares de céréales ou 1 million de poulets. Modèle qui existe déjà depuis longtemps en Amérique du Sud et du nord. Un propriétaire et des pauvres ouvriers miséreux. Et des paysans sans terre. Ça donne envie...
Agribashing ?
Les citoyens et les médias se réveillent enfin et dénoncent l’épandage d’herbicides, d’insecticides et de fongicides qui affectent la santé humaine. Et les agriculteurs râlent car on leur demande de ne pas épandre près des habitations ou des écoles.
Ils sont dans le déni.
Et rien ne bouge. Il y a encore des algues vertes en Bretagne et on ne peut pas en parler sans se faire menacer.
Travailler en agriculture biologique est quelque-chose de réjouissant. On a l’impression de faire des produits de bonne qualité. C’est un secteur où on crée et invente. Tout est a faire et reconstruire. Refaire des circuits courts sécurise les revenus et rassure les consommateurs. C’est un modèle d’avenir. On peut largement nourrir la planète avec l’agriculture biologique. C’est déjà l’agriculture vivriere des petits paysans pauvres qui nourrit la population des pays du sud. Et non l’agriculture industrielle d’exportation qui elle est destinée à fournir des matières premières pour l’industrie. L’agriculture intensive industrielle s’écrase contre le mur des épidémies et épizooties et d’une crise sociale qui détruit l’emploi et le modèle de l’agriculture familiale. Il y aura des changements. Il vaut mieux être prêt.
