L’Histoire des gilets jaunes par nous

samedi 19 novembre 2022 dans Paysage Audiovisuel Alternatif d’Occitanie et d’Ailleurs


le film sur les gilets jaunes réalisé par des gilets jaunes

"L’Histoire des gilets jaunes par nous"
le film sur les gilets jaunes réalisé par des gilets jaunes

Le 17 novembre 2018 débutait le mouvement des gilets jaunes.
Nous publions ici un film réalisé pendant de nombreux mois par un collectif de Gilets jaunes.

Se sentir Gilet Jaune, c’est se sentir transformé par les expériences du mouvement d’hier et appréhender ce qu’il pourra être demain. "L’Histoire des Gilets Jaunes Par Nous" est une anthologie qui suit jour par jour l’insurrection des GJ. Un film réalisé grâce à des images partagées sur internet et une voix off qui défend un mouvement qui ne cesse de se dépasser.

https://yellowveststories.noblogs.org/

https://odysee.com/@Yellowveststories:6/Histoire-des-Gilets-Jaunes-par-nous:e

Collectif de réalisation
l’histoire des gilets jaunes par nous


"Algorythmes,écosystème automedias et co-design gilets jaunes."
Analyse du collectif : L’Histoire des Gilets Jaunes par nous.

par le collectif des gilets jaunes

1. Mouvement virtuel ou réel ?
2. Traitement esthétique des vidéos, source et propriété d’usages.
3. Méthode de travail du collectif L’Histoire des Gilets Jaunes par nous.
4. La narration prend le point de vue de qui ?
5. Source littéraire, participations et co-design ?
6. Qui sont les protagonistes dans l’Histoire des Gilets Jaunes par nous ?
7. L’International et les gilets jaunes ?
8. Pourquoi le détournement de Matrix ?
9. Et maintenant, on fait quoi ?

1. MOUVEMENT VIRTUEL OU RÉEL ?
Le mouvement Gj débute sur la plate-forme facebook avec 1500 groupes qui se
structurent par département ou groupe de communes, suivie du qualificatif
“en colère” (Colère 46 ; La France en Colère). Comme le printemps arabe en 2011,
le mouvement social des gilets jaunes explose grâce a une coordination
virtuelle.
La prise de la rue, est le passage du virtuel au réel. Ce passage, c’est la
création d’une communauté de lutte.1
Aujourd’hui, l’enjeux des plate-formes numériques est d’anticiper le mouvement
social et de le figer avant qu’il ne prenne de l’élan. "Nos mouvements peuvent
être canalisés et maintenus à l’état virtuel, sur le terrain des réseaux sociaux,
chasse gardée des administrateurs, dans les eaux glacées des algorithmes".2
Les algorithmes ont un rôle ambivalent vis-à-vis du mouvement social.
Paradoxalement, c’est grâce à l’algorithme de proximité sur Facebook que les
groupes gilets jaunes se sont formés sur des bases locales. En novembre 2019
l’état Iranien a volontairement coupé le réseau internet pour mieux contrôler
le soulèvement insurrectionnel de 100 villes et villages. Cependant, un
algorithme bien travaillé et régulé pourrait se révéler bien plus efficace qu’une
coupure internet généralisée de par sa discrétion et sa capacité
d’essoufflement progressif par la technique du shadow banning.
La participation virtuelle militante est symptomatique de notre participation à
la politique électoral, où l’on se fait croire que voter, liker et cliquer sont actes
politiques.

Le virtuel est un outil qui peut nous éloigner de nos possibilités d’action sur le
réel, comme nous permettre d’agir de manière plus coordonnée et stratégique
sur le réel.
Notre travail est de faire vivre la lutte dans le champ de la vie, pour amener
l’énergie de contestation à opérer un changement concret sur nos conditions
de vie. On lutte pour changer les conditions d’existence de toutes et tous et on
y arrivera qu’ en agissant dans l’existant et contre l’existant.

2. TRAITEMENT ESTHÉTIQUE DES VIDÉOS, SOURCES ET PROPRIÉTÉS D’USAGES.

Les images archivées proviennent principalement des flux vidéos de Youtube
et Facebook. Ce sont des vidéos escamotées, re-partagées, qui ont été
appropriées et diffusées par le mouvement. Dans la version définitive, nous
référençerons toutes les vidéastes par ordre d’apparition en essayant de
mettre en valeur ceux dont les images reviennent plusieurs fois. Pour n’en citer
qu’un ici, nous pouvons évoquer Julien Rogue qui a filmé un échange
magnifique aux rond point du Manosque.
“Je te réponds, on affronte aujourd’hui, et même avec perte et fracas, et ca a
été voté par le peuple du rond point… c’est pas mon égo qui par la… la
aujourd’hui, on affronte !“3
Les outils numériques sont facilement appropriables. L’abondance des
représentations filmiques prolifèrent dans les réseaux des pages facebook
personnelles. L’algorithme promouvoit la vidéo d’un tel parce que il est en lien
avec un autre noeud de réseaux, un groupe (club de sport ; groupe entraide ;
groupes d’anciens élèves...). Les vidéos touchent des gens avec qui on a déjà
des liens sociaux ou avec qui on en renoue.
Ce qui est fort quand on regarde les vidéos de gilets jaunes avant le
mouvement, c’est qu’ils filment déjà leurs vies, leurs famille, le travail, les
week-ends, les fêtes de village... Certains se spécialisent, apparaissent avec un
logo GJ fait maison, rejoignent des collectifs de diffusion et se revendiquent
auto-médias. On est témoins de la transformation de leur intérêt pour la
documentation du mouvement et la transformation sur leur vie individuelle.
On a pensé à faire un film centré sur ce sujet, mais on a préféré
dé-individualiser les vidéastes et voir les vidéos comme des propriétés
communes, composante d’un système de représentation collective.
Outre les archives récupérées directement sur les réseaux sociaux, d’autres
images ont été collectées via des appels à contribution sur les réseaux
sociaux, par tracks et mailing list.

On s’est appuyé sur des images de médias régionaux, des images de culture
populaire, des fragments cinématographiques (Asterix ; Star wars ; Les Ouvriers
vont au Paradis ; X-men ; Orange is the new black… Des gilets jaunes ont
réalisés plusieurs vidéos en détournant des images d’évasion de prison, ses
images répondent à la problématique du manque d’images de l’intérieur des
prisons, mais aussi au besoin de faire le buzz avec des images qui pètent. Tout
est détournable, ce qui compte c’est le nouveau sens politique qu’on donne
aux images.
Les humains ne sont pas des automates. L’image n’est pas une monnaie
d’échange qui rentabilise des plateformes, les images créent du lien social. Les
vidéos d’archive gilets jaunes sont des noeuds de "conservation et
circulation"4, de socialisation à la rupture révolutionnaire.
Nombreux sont allés en prison à cause de la diffusions de vidéos
compromettantes. L’autosurveillance par le mouvement sur les plateformes
numériques cause un risque d’individualisation de la répression si des
personnes sont identifiées sur les vidéos par des enquêteurs de police.
Paradoxalement, c’est aussi grâce à la diffusion de vidéos que les pratiques se
reproduisent ailleurs dans le pays et que des transferts se font avec les
mouvements sociaux étranger.
Il faut prendre conscience que la vidéo est une arme, et toute arme doit être
pensée de manière critique et collective.
La valeur d’une image est d’être re-partageable, la prolifération des vidéos
s’accompagne de compression continue, le plus une vidéo est partagée, plus
elle perd en qualité. Hito Steyerl5 défend que plus une image est de pauvre
qualité, plus elle est d’une importance politique. Car la réduction en taille
(megaoctet) permet à la vidéo d’être diffusée plus largement et rapidement.6
Nous avons voulu partager la pratique du floutage comme pratique
indissociable d’un film qui se pense "faire mouvement". On a flouté les gens qui
semblent être filmés à leur insu, ce qui change d’autant plus le rapport
qualitatif de l’image, compresser et flouter, les images sont à l’esthétique d’un
mouvement qui s’étend et se défend.
6 Hito Steyerl, In Defense of the Poor Image, Issue #10, November (2009)
https://www.e-flux.com/journal/10/61362/in-defense-of-the-poor-image/
“L’image médiocre est une copie en mouvement. Sa qualité est mauvaise, sa résolution
inférieure à la norme. En s’accélérant, elle se détériore. Il s’agit du fantôme d’une image,
d’un aperçu, d’une vignette, d’une idée errante, d’une image itinérante distribuée
gratuitement, pressée par des connexions numériques lentes, compressée, reproduite,
arrachée, remixée, ainsi que copiée et collée dans d’autres canaux de distribution.”


3. MÉTHODE DE TRAVAIL DU COLLECTIF L’HISTOIRE DES GILETS JAUNES PAR
NOUS.

Les vidéos ont été archivées, jour par jour, dans 365 dossiers différents, du 17
novembre 2018 au 17 novembre 2019. Elles ont aussi été triées
géographiquement par ronds points, (plus de 400 localités recensées) et
thématiquement (convergence syndicale ; défense juridique ; clip de musique…
plus d’une centaine de catégories très aléatoires).
Pour se faire, on a tapé "Gilets jaunes + nom de département" sur internet,
nous avons consulté les journaux locaux et régionaux, noté tous les points de
blocages des departements. Puis nous avons cherché tous les noms de
blocage avec d’autres mots clés (ex : assemblée ; rond point ; manifestation ;
expulsion ; cabane ; etc) dans les moteurs de recherche de Youtube, Facebook
et Twitter. Nous avons ensuite affiné les recherches par date et durée pour
diversifier les trouvailles. Sur facebook nous pouvons retrouver des compte
persos affiliés à des groupes locaux d’organisation, véritable mine d’or
d’archives gilets jaunes. On télécharge, on re-titre et on les archive dans les
dossiers.7
Au début, nous voulions réaliser un méta récit non linéaire et interactif : 2000
amorces de récits différentes devaient partir de 2000 points de blocages
différents.8 Nous voulions exposer la diversité des histoires, mais surtout
étudier les points de jonction entre différents récits subjectifs. Réaliser une
carte interactive où l’on navigue dans le mouvement et découvre ses multiples
composantes, formes et trajectoires de groupes gilets jaunes qui se recroisent
à des moments stratégiques dans des manif régional ou blocage de raffinerie
ou assemblées des assemblées.
Dans l’écriture du récit, qu’ils soit linéaire ou non, il faut faire des choix et les
choix relèvent des concepts que l’on veut articuler. Nous avons finalement
laissé ce projet de côté pour nous concentrer sur un format long métrage
linéaire, tout en conservant l’intention de montrer les jonctions et formes
micropolitiques transformatives du mouvement.
Dans le processus de réalisation, il y a des temps où le récit a été travaillé
indépendamment des archives et où les archives ont été triées
indépendamment de l’écriture du récit. Mais au moment de passer au
montage, des problématiques de rythme et fluidité défont la logique que nous
nous étions scriptée, et le montage crée de nouvelles associations d’idées. Il
faut constamment réécrire le récit pour s’adapter aux archives et trouver de
nouvelles archives pour rattraper le processus d’écriture.

En parallèle, on s’est invité chez des GJ et on a projeté le film en version “non
définitive”9. On leur a demandé de nous décrire leur ressenti par rapport au
traitement des séquences : ce jour-là, comment tu te sentais, c’était quoi ton
rapport au mouvement, c’était quoi les enjeux, les priorités ? Est- ce que les
analyses te paraissent justes ? Comment tu nuancerais ?

4. POINTS DE VUE DE LA VOIX NARRATIVE

Au début, notre intention était de partager une expérience révolutionnaire
2018/2019 aux internationaux révolutionnaires de tous pays.
Nous avons visionné La Bataille de Chile (1975 ; 1977 et 1979), poignante trilogie
de Patricio Guzmàn10 et ça nous a inspiré. Nous nous sommes rendu compte
que la forme chronologique s’appliquait parfaitement aux gilets jaunes. Tous
les jours, le mouvement redoute l’essoufflement et la division. On a jamais
assez de recul sur hier, et on appréhende beaucoup la journée de demain.
Pour nous, être gilet jaune, c’est s’identifier àux rapports de force qui
changent, qu’ils soient en notre faveur ou celui du pouvoir, faire mouvement,
c’est participer à étendre le mouvement et le défendre. C’est ce point de vue
que nous pensons avoir interprété dans l’écriture de la narration.
Nombreux militants avec de l’expérience de plusieurs mouvements sociaux
nous ont donné leur point de vue et nous ont aidé à prendre du recul, mais le
collectif de réalisation qui a fait les synthèses des écritures et le montage des
vidéos n’ont que lemouvement gilets jaune comme experience de mouvement
social et révolutionnaire.

5. SOURCES LITTÉRAIRES, PARTICIPATION ET CO-DESIGN ?

Nous avons emprunté plusieurs idée du livre du Collectif Aouh Aouh,
La révolte des gilets jaunes : histoire d’une lutte de classes. (2020)11
11 La 4e de couv. indique : "Entre novembre 2018 et le printemps 2019, les Gilets jaunes
ont semblé défier, en même temps que le pouvoir, l’analyse. Après avoir participé à la
lutte et recensé de nombreux articles de presse locale, le collectif Ahou ahou ahou
livre une histoire de ce mouvement hors normes. Des blocages aux émeutes, des
occupations de ronds-points aux assemblées populaires, des appels à l’unité avec les
forces de l’ordre au combat contre la répression... Alors que chaque séquence de lutte
a semblé effacer la précédente, on en retrace ici l’enchaînement. Surgie et demeurée
en dehors des cadres des forces politiques classiques, que nous dit cette révolte en
gilet jaune du cours de la lutte des classes ? Quels sont les mouvements
contradictoires qui l’ont agitée ? Quels débordements de l’ordre social laisse-t-elle
entrevoir ?"

L’analyse de la composante travailliste du mouvement avec les débrayages
d’usines de janvier 2019 nous a amené à une réflexion pragmatique sur des
réalités qu’engendrent les tentatives de blocages économiques : "Grâce à nos
expériences sur le terrain, nous découvrons qu’en bloquant un supermarché :
Nous n’attaquons pas seulement l’État et le capitalisme, mais aussi les
employés qui dépendent de leur travail. Nous découvrons que dans le tort que
nous causons à l’économie, nous mettons en danger nos propres conditions
de vie."12 Se défaire de ce chantage, c’est accepter de mettre nos vies en
danger, détruire les moyens de production, c’est sauter dans l’inconnu, faire la
révolution c’est se défaire du travail comme condition d’existence. "Mais
oserons-nous ?"13
D’autres sources littéraires nous ont également aidé à comprendre le
mouvement et comment l’analyser, nous citerons ici : Mirasol, Soulèvement.
(2020). "L’ordre social est précaire, les états se bunkérisent, la crise sociale
s’approfondit. Où en est la révolution ? Le livre est découpé en trois partie.
Dans la 1ère on se replonge dans le mouvement “Gilet Jaune“, pour en
chercher le souffle. La 2nde parle de la crise des démocraties à l’heure des
algorithmes, de l’impasse de l’aspiration à devenir l’État. Mais alors, que faire ?
Et bien, la révolution, pardi ! Pour, enfin, changer la vie, qu’elle soit belle, qu’on
vive bien. Comment ? La 3ème partie propose de prendre cette question au
sérieux, de parler insurrection, fin du capitalisme."14
https://acta.zone/
Analyses du mouvement entre le 16 mars 2019 et le 17 novembre 2019.15
Robert Bibeau, Khider Mesloub, Autopsie du mouvement gilets jaunes (2019).
Analyse de la manipulation du grand débat de la part de l’etat pour faire
croire que la revendication anti-taxe équivaut à une demande de baisse des
services publiques.
Maxime Peillon, Coeur de boxeur, (2019) le livre nous a aidé à comprendre des
réalités générales sur le mouvement ainsi que des vérités sur la vie de
Christophe Dettinger.
Je ne pensais pas prendre du ferme, (2021) Once récits recueillis par Pierre E.
Et Guérinet et Pierre Bonneau.
Beaucoup de gilets jaunes ont participé indirectement au design du film et la
plupart sans le savoir. Le travail de transparence de source va être approfondi
rigoureusement par le collectif dans les mois à venir. On ne peut pas dire que
cela soit participatif ou démocratique. Mais nous pouvons dire que le film est
auto-organisé par des acteurs du mouvement qui ne se soucient pas de la

notion de droit d’auteur, ne légitime pas des institutions ou l’état ou les
plateformes comme des garants de la propriétés matériel ou virtuelle.
C’est pourquoi nous avons choisi de signer le film par le “Collectif de
réalisation L’HISTOIRE DES GILETS JAUNES PAR NOUS”, suivi de pseudonymes
fictif des vingtaines de participant.es par ordre alphabétique.

On voulait sortir du schéma documentaire traditionnel, où un protagoniste
individualisé fait face à des problématiques et se transforme grâce au
mouvement. Dans une vision historique, on se minimise en tant qu’individus.
Pour nous, le mouvement est le protagoniste et si des individus sont
mentionnés c’est uniquement dans le but d’expliquer des réalités
micropolitiques du mouvement qui ne sont que explicable avec des exemples
concrets.
L’arrestation d’Éric Drouet est, par exemple, un événement pertinent pour
expliquer comment l’État individualise la répression au travers d’un
personnage, la répression fait boule de neige et paralyse le discours
révolutionnaire porté par le reste du mouvement. Cela incite les autres porte
parole à se soumettre à la reproduction d’un discours à tendance dissociative
qui appelle au calme, au pacifisme et parfois même à arrêter les
manifestations et blocages.
Le personnage de Benjamin Cauchy a fait plus d’apparitions que Castaner,
Macron et Edouard Philippe à la télévision, “33 apparitions rien que sur
BFMTV !" Ce personnage a été créé préventivement par la machine
médiatico-capitaliste pour servir de récupérateur politique. Benjamin Cauchy
est un militant d’extrême droite, une vraie caricature du populisme à la
Dupont Aignan. Les médias tentent d’infiltrer ce genre de vermine dans nos
mouvements, des personnages grâce à qui le système démocratique électoral
tient en équilibre.16
Christophe Dettinger est le personnage du film qui apparaît le plus
longuement à l’écran. Les événements qui structure son récit permettent de
parler de sujets comme l’injustice de classe et l’exécution des peines ;
l’organisation collective des paiement de frais judiciaires interdite17 ; la
hiérarchie de la parole en démocratie ; la vidéo live comme moyen technique
de diffusion de discours authentiques ; la force et l’honneur comme valeur du

mouvement ; la question de la légitimité de la riposte... C’est sur ce dernier
thème que dépeint Christophe qualitativement en héros.
"Nous avons une figure symbolique qui peut nous représenter et nous
défendre face au conflit d’intérêt entre la population et la classe dirigeante.
Dans tout le pays, les conditions sont réunies pour que chacun sente que le
degré de violence par lequel nous nous défendons peut être légitimement
proportionnel à celui que nous subissons."
Dans un interview Macron répond à une question au sujet de la vidéo que
Christophe a publié : "Le boxeur, la vidéo qu’il fait avant de se rendre, il a été
briefé par un avocat d’extrême gauche. Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots
d’un Gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan."18
Ses mots démontrent du complotisme pointant du doigt l’influence extérieure
d’un avocat d’extrême gauche, pourtant ses mots sont les siens, et quand on
les entend c’est évident que ce sont ses mots à lui. La seule influence était sa
conjointe qui filmait la scène.19
Les mots “boxeur gitan” démontrent un préjugé d’origine de classe et de race
qui tentent de rabaisser l’expression de Dettinger à ceux des "gens qui ne sont
rien", à un corps de brute, un avatar de violence. Macron défend que la parole
doit être hiérarchisée, la parole est légitime si la personne est élue
démocratiquement ou si elle est riche.20
"Les mots de Dettinger sont pourtant allés droit au coeur de nombreux gilets
jaunes. Des milliers de lettres de soutien sont envoyées à sa famille, la famille
répond à toutes les lettres. Tous les messages se terminent par les mots “force
et honneur”.21

7. L’INTERNATIONAL ET LES GILETS JAUNES ?

La première séquence internationale correspond aux dates du 17 novembre
2018 à janvier 2019. "Alors que le Burkina Faso, le Soudan et le Zimbabwe
manifestent contre le coût du carburant sans le symbole du gilet jaune. En
Irak une nouvelle vague de manifestations anti-corruption recupère le
symbole du gilet jaune pour relancer leur lutte." La narration fait la liste d’une
quinzaine de pays qui agissent le chasuble. Puis, "En Égypte, les douaniers
saisisent tous les gilets jaunes qui entrent dans le pays et interdit leur vente.
En Tunisie, un homme est arrêté pour possession de 50000 gilets jaunes".22
"Comme lors du printemps arabe en 2011, les manifestations éclatent par
grappes. Les activistes s’imitent les uns les autres. Ils réagissent aux

problèmes sociétaux qui se chevauchent dans le monde. Pour contrer la
potentiel insurrection mondial, les médias internationaux présentent le gilet
comme un symbole anti écolo facho. Ils amalgament cause et raison, la cause
est peut être une écotaxe sur le fuel, mais ce n’est que la goutte qui fait
déborder le vase. La véritable raison du mouvement est l’injustice sociale, et
celle-ci est bien planétaire."23
La deuxième séquence internationale fait référence à la lutte en Algérie de
février 2019. "Macron soutient Bouteflika, les algeriens soutiennent les gilets
jaunes"24."Nous apprenons que la répression est une économie, les armes
utilisées contre nous sont vendues à l’etranger et même a des pays
anciennement colonisés. Le capitalisme de sécurité hégémonisent des intérêts
impérialistes et financiers, la répression des luttes s’inscrit dans un business
mondial de la sécurité."25
La troisième séquence internationale c’est l’été 2019 jusqu’au mois d’octobre
2019. Il y a eu une escalade de soulèvement que le film expose
chronologiquement, jusqu’au 15 novembre 2019 en Iran. On ne parlera pas de
la Colombie qui se soulève le 19 novembre 2019 parce que c’est après la fin du
film qui s’arrête le 17 novembre 2019 sur l’anniversaire des GJ.
Lorsque l’on parle de Hong Kong en juin 2019 c’est pour parler des pratiques
de lutte et des transferts de pratique collective. Mis à part Hong Kong, la
majorité des luttes cités sont en résistance contre la baisse de pouvoir d’achat
et la corruption politique, donc ce sont clairement des soulèvement
prolétarien qui se soulèvent face au néolibéralisme et les conséquences que
celui-ci sur leurs vies. Mais ça on ne le dit pas.
Il est vrai que l’on détourne les images internationales de leur sens particulier
local. Il n’y a jamais un seul fil explicatif, mais les mêmes causes peuvent
produire les mêmes effets. Pendant le mouvement nous n’avions pas le temps
de comprendre la différence entre le soulèvement du Liban, de la Guinée ou
de la Catalogne… nous n’avons pas le temps de comprendre les soulèvements
internationaux dans leurs singularités mais nous avons le temps en revanche
de ressentir une énergie.
Le sillage d’un mouvement, est une entame, une brèche qui peut ouvrir la voie.
Combien de fois avons-nous entendu la phrase, "quand ça pétera vraiment, je
vais y aller". Cette phrase s’applique vraiment. Les mouvements sociaux sont
des pôles d’attractions, “tout le monde en parle, pour en être ou pour en
craindre.”26

8. POURQUOI LE DÉTOURNEMENT DE MATRIX ?

Le film ouvre avec les phrases de fin de Matrix (1999) : "Je sais que vous êtes là,
je sais que vous avez peur, vous avez peur de nous, vous avez peur du
changement. Je ne connais pas l’avenir. Je ne suis pas venu vous dire
comment tout ça finira. Je suis venu vous dire comment ça va commencer…"
Le film était censé sortir en même temps que Matrix 4, et nous voulions surfer
sur le buzz du film en détournant des affiches et en produisant des "mêmes"
(culture Web du détournement). Faire de l’image de Trinity un leitmotiv
artistique est un simple choix de marchéage qui distingue le film de la
douzaine d’autres films gilets jaunes dont les affiches se ressemble toutes.
Les films de Matrix peuvent éveiller des sentiments contestataires, mais la
révolution anticapitaliste millénaire n’est pas née de la version de The Matrix
(1999) et ne viendra encore moins de Matrix Resurrections (2021). La version de
2021 porte une critique commerciale et nihiliste sur la condition humaine, le
film montre la capacité des gens à baisser les bras face à la machine
capitaliste industrielle. Pour caricaturer nous pourrions dire que la morale de
l’histoire est que : La révolution ne serait pas possible, ils ne nous reste que le
réformisme, le compromis, le virtuelle, l’abandon...
Mais penser que c’est notre film sur les Gj qui va réveiller les masses est une
pire illusions. Nous défendons l’idée que c’est juste au mouvement
révolutionnaire de poursuivre sa trajectoire et de se dépasser toujours plus
loin, pour changer le cours de l’histoire.
"nous allons arrêter ce film et vous allez voir un monde où le mouvement ne
s’arrête jamais".27
Au travers du film, l’identité de la voix narrative porte des ambiguïtés, parfois
on parle d’un "ils", d’un "on" et defois d’un "nous". Tout le monde peut se
retrouver dans un "on", l’indéfinition du pronom renforce l’opacité et la
diversité des individus dans un tout, dans un bloc qui ne se divise pas et
avance masqué derrière des parapluies.
On a reformulé la phrase de fin de Matrix (1999) qui s’adresse aux un
spectateurs aux "vous", on a changé à "ce que nous en ferons ne dépendra
que de nous". A la fin du film on s’adresse maintenant à un "nous" avec qui on a
partagé une expérience d’identification collective.
Ce n’est pas le fait de partager les mêmes conditions d’existence qui font de
nous des prolétaires, mais c’est de se retrouver en lutte contre ses conditions
d’existence. Il ne faut pas séparer le mouvement de son organisation. C’est
dans ses passages que l’on passe du "on" au "nous" parce que le "nous" signifie
un ensemble organisé qui se constitue en tant que sujet révolutionnaire.
27 Citations du film L’Histoire des Gilets Jaunes par nous

9. ET MAINTENANT, ON FAIT QUOI ?

Nous diffusons le film dans des squats, bar associatif, etc. À Toulouse, nous
avons rassemblé 200 personnes pour une projection dans le cadre d’une
soirée soutient pour des incarcérés gilets jaunes. Nous avons organisé des
projections à Minerve, Bezier, Pezenas, Montpellier, Rennes, St George de
Lucenson, Marciac le Vallon…
Sur un coup de tête nous avons publié le film sur l’hébergeur vidéo de
facebook sur la page Toulouse en lutte28 après les résultats du second tour
des élections présidentielles. On compte 14 000 vues virtuelles. C’est un acte de
communication qui a fait parler du projet et permet de récolter des
contributions plus larges.
Soulignons quand même qu’il est rare qu’un spectateur internaute réponde à
notre appel à contribution29 sur le blog. Si nous recevons des contributions
par mails et messages vocaux sur les plateformes numériques, c’est
systématiquement grâce à des personnes rencontrées sur le chemin. Ce qui
prouve bien que ce n’est pas l’algorithme facebook, mais bien la communauté
de lutte qu’on construit qui orientent la réalisation du projet.
Jusqu’à la fin de l’été 2022, nous allons récolter les synthèses des débats et
ajuster le script pour faire les derniers enregistrements de toutes les voix off,
puis nous traduirons les voix off en espagnol et en anglais. Faire un DVD ou
une clé USB… organiser une tournée de projection et poster le film en libre
accès sur internet sur des grosses plateformes ou des plateformes
autogérées ?

Collectif de Réalisation
L’HISTOIRE DES GILETS JAUNES par nous
@gj_par_nous (Twitter)
yellowveststories.noblogs.org
contact-yellowvest@riseup.net

3 Julien Rogue, REPORTAGE #yellowvests - Affrontements forces de l’ordre sur le
rond-point de l’A51 (7/01/2019)

4 André Gunthert, L’image partagée : la photographie numérique (2015)
5 https://vimeo.com/88484604

9 Le film pilote en libre accès sur Facebook à partager dans tous les groupes et pages.
https://www.facebook.com/ToulouseEnLuttes/videos/762948308015164
10 https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Bataille_du_Chili
12 Citations du film L’Histoire des Gilets Jaunes par nous
13 Citations du film L’Histoire des Gilets Jaunes par nous
14 https://seumrevolution.noblogs.org/
15 https://acta.zone/?s=gilets+jaunes+

16 L’irrésistible ascension médiatique de Benjamin Cauchy
par Jean Pérès, jeudi 20 décembre 2018
https://www.acrimed.org/L-irresistible-ascension-mediatique-de-Benjamin#nb11

17https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/cotes-d-armor/gilets-jaunes-enquet
e-ouverte-contre-cagnotte-soutien-1627479.html
18 Maxime Peillon, Coeur de boxeur, (2019), relatant une citation de Macron.
19 Maxime Peillon, Coeur de boxeur, (2019)
20Gilets jaunes : la parole déclassée de Christophe Dettinger
https://www.liberation.fr/debats/2019/02/13/gilets-jaunes-la-parole-declassee-de-christ
ophe-dettinger_1708945/
21 Citations du film L’Histoire des Gilets Jaunes par nous
22 https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9roulement_du_mouvement_des_Gilets_jaunes

23 Citations du film L’Histoire des Gilets Jaunes par nous
24 Pancarte vue à Alger
25 ibis

26 https://seumrevolution.noblogs.org/

28 https://www.facebook.com/ToulouseEnLuttes/
29https://yellowveststories.noblogs.org/post/2021/11/22/liste-besoin-archive-photo-vide
os “rejoignez notre collectif d’écriture en contribuant des idées de modifications et de
nouvelles anecdotes.”

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