Rassemblement contre Generation Identitaire

samedi 30 janvier 2021 dans Ici et là


Un rassemblement d’une centaine d’habitants des Pyrénées centrales a eu lieu vendredi 29 janvier au Col du Portillon, poste de frontière prés de Luchon en réaction au dégout provoqué par "l’opération anti-migrants" du groupuscule d’extrême-droite Génération Identitaire.
Plusieurs collectifs (Comite Migrants Comminges, CIMADE, PCF, NPA, EELV, CNT, FI, Solidaires, Attac...) ont appelé à un rassemblement.
Pour leur sinistre spectacle le 19 janvier le groupuscule raciste avait choisi de bloquer les passages à un bien étrange poste de frontière qui est... déjà fermé, et facilement contrôlable par les polices française et espagnole. La crise sanitaire interdit de franchir la frontière, a toute personne non munie de derogation specifique, et depuis le 6 janvier ce point de passage est totalement fermé, comme plusieurs autres point de frontières pour une opération anti terroriste. Venus avec un beau 4x4 japonais, les défenseurs de l’économie française ont fait trois pas dans la neige avec leurs petits tennis et ne se sont pas éternisés. Ils ont fait une 2eme halte à Fos, un peu plus loin. Le maire de Fos a publié une lettre dénonçant leur action.

L’extreme droite cherche son identité... et la frontière

On savait que les groupes d’extrême droite n’étaient pas très futés mais le choix de ce lieu est encore plus ridicule. Le col du Portillon et Fos illustrent tout le paradoxe pyrénéen d’une non frontière.

La frontière franco-espagnole a des particularités qui ont permi historiquement aux personnes vivants au nord ou au sud des Pyrénées de franchir sans obstruction ce passage. En 1513 Le traité du Plan d’Arrem à Fos a fixé des accords de non agression entre habitants des vallées du nord et du sud, surtout en cas de guerre des pouvoirs dominants français ou espagnols lointains. L’économie de ces communautés pauvres en dépendait de manière vitale. Le pouvoir royal central a été obligé de reconnaître plusieurs traités tout le long de la chaîne régissant les relations entre habitants des vallées et leur troupeaux en temps de guerre et en temps de paix.

De nos jours ce lieu était le plus facilement accessible pour les militants generation identitaire ne connaissant pas les Pyrénées. Bizarrement ils ne sont pas allés se frotter aux basques, pour qui l’histoire de la frontière française ne fait pas trop rigoler.

Génération identitaire a un problème identitaire mais les pyrénéens eux n’ont pas de problème d’identité justement ! Et ceci en assumant une diversité culturelle assez étonnante. Le site choisi correspond au poste de frontière au sud de la Haute Garonne entre la vallée de Luchon dans le Comminges et le Val d’Aran. Un autre
point de passage se situe à Fos, c’est la route principale beaucoup plus fréquentée suivant la vallée de la Garonne, vers Viella et ses magasins qui attirent en grand nombre les clients français qui cherchent de l’alcool ou du tabac à bas prix.

Le Val d’Aran correspond géographiquement a la vallée supérieure de la Garonne.
Cette région "étrangère" est pourtant le seul endroit où l’Occitan est langue officielle. Culturellement le Val d’Aran est plus tourné vers le nord et la France. Et la langue gasconne qui était parlée majoritairement encore au début du 20eme siècle en France n’a subsisté que dans cette petite enclave, restée espagnole depuis le moyen âge. Cette enclave est elle même inclue aujourd’hui dans la Catalogne. Il y a donc 3 langues officielles dans le Val d’Aran : l’aranais (occitan gascon), le catalan et le castillan. Et tous parlent aussi le français, qui correspond aux besoins liés à une importante clientèle touristique, mais aussi parce que les aranais travaillent et fréquentent aussi les magasins et services côté français.
Entre le moyen-âge et 1914 des milliers de travailleurs français saisonniers allaient travailler plusieurs mois par an dans la plaine de L’Ebre.

Cette frontière est aussi un important lieu de mémoire de la lutte contre l’extrême droite le fascisme, le nazisme. Entre la fin 1938 et début 1939 ce fut un lieu d’évasion pour 500 000 espagnols qui ont franchi en hiver à pied et sous les attaques de l’aviation nazie ces cols difficiles. Pour rappel la frontière avait été ouverte que très peu de temps. Elle a été fermée trés vite en février par les franquistes pour empêcher la fuite de tous les républicains, certains n’ont pas pu venir en France.
En octobre 1944, 13000 combattants républicains ont lancé une contre offensive sans succes par le Val d’Aran et plusieurs points des Pyrénées.
C’est enfin une route d’évasion de la France de Vichy et de passages clandestins pendant la 2eme guerre mondiale.


Le procureur de la République de Saint-Gaudens, a ouvert une enquête pour "provocation publique à la haine raciale" contre Génération identitaire.
Mais ils n’ont pas grand chose à craindre et une des meneurs est allé fanfaronner dans l’émission "culturelle" de C8 Touche pas à mon poste. Au mois de décembre, Génération identitaire et trois de ses cadres avaient été relaxés par la cour d’appel de Grenoble pour des précédentes opérations anti-migrants menées en 2018 dans les Alpes, à la frontière franco-italienne.
Parmi les médias présents au portillon ce vendredi 29 janvier on peut noter le journal Valeurs Actuelles. Comme la chaine C8 ce journal a une ligne éditoriale très favorable à l’extrême droite. Ces médias font des migrants des boucs émissaires responsables des tous les problèmes de notre société.

Peut être que pour respecter l’identité culturelle des frontières le groupe raciste aurait du manifester au bord de la Loire... Non ? Merci la France qui a envahi et écrasé l’Occitanie et combattu sa langue jusque sur les bancs des écoles au XXeme siècle.




Lettre du maire de Fos (commune frontalière 31)

Nous avons constaté mardi dernier sur le territoire de la commune la
présence du groupuscule d’extréme droite génération identitaire.
Que les choses soient bien claires, ils ne sont pas les bienvenus,
comme tous ceux qui tournent le dos aux valeurs de la République :
Liberté, Égalité, Fraternité. Comme je le disais lors du discours du 14
juillet : « Je voudrais insister sur la Fraternité : c’est l’amour de
l’autre, l’acceptation de ses idées, la haine du sectarisme, le droit å la
différence, le refus de l’intolérance, le rejet des intégrismes, la
dénonciation des égoismes, le partage et la solidarité, avec
abnégation, jusqu’au sacrifice. »
L’ histoire de Fos est inscrite dans ces valeurs, notre village est
traversé par Les Chemins de la Liberté et nous nous opposerons
toujours å ceux qui viendront les fouler de leurs bottes. Comme les
résistants qui nous ont précédés, nous viendrons toujours en aide å
ceux qui fuient la misére et la mort.
Pour nous, génération identitaire ne représente pas l’avenir mais
bien une dégénération de I’espéce humaine contre laquelle notre
action quotidienne tente de s’opposer.

Pascal Penetro, maire de Fos, le 21 janvier 2021.






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