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Meurtre de Rémi Fraisse, retour sur une semaine de déferlement médiatique

mardi 4 novembre 2014, par Co

Il y a à peine 3 semaines qui connaissait la lutte contre le barrage du Testet ?
Quand est arrivée le meurtre de Rémi Fraisse, la machine médiatique s’est mise en route. Retour sur ce déferlement.


Il y a à peine 3 semaines qui connaissait la lutte contre le barrage du Testet ?

Les écolos, les alternos et autres gauchos connaissaient bien la lutte qui depuis septembre s’était intensifiée avec le démarrage des travaux et l’abattage des arbres. Les médias alternatifs sur internet comme Reporterre ou nous TvBruits ou bien les facebook et les chaines youtube des militants ont relaté ce qui se déroulait. En France ceux qui lisent Le canard enchainé, Libération ou Médiapart entre autre ont pu entrevoir quelques articles sur cette nouvelle Zone A défendre qui se constituait et sur les violences policières qui s’y déroulaient. Mais sinon rien ou presque, des télés lors des actions de personnes qui se sont enterrées, des émissions sur France Culture, mais sur le fond, le dénis démocratique, les violences policières, les conflits d’intérêts rien. Ni Le Monde, ni Le Figaro, ni Le Parisien, ni France Inter, ni France Info, ni Europe 1, ni RTL, ni TF1, ni France 2, ni France 3, ni Canal plus, ni M6, ni BFM, ni LCI, ni iTélé n’en parlaient. Je n’ai pas quantifié les articles mais il est évident que le sujet n’intéressait pas les médias.

Ainsi le 25 octobre, à l’instar de l’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les opposants ont eu l’idée d’organiser un rassemblement sur le site du chantier pour d’une part redonner de l’énergie aux opposants et d’autre part essayer d’attirer l’attention des médias traditionnels.
Du point de vue médiatique il y a eu une couverture des journaux nationaux le samedi mais c’était à l’image de cette présentation du journal de France Inter « A Sivens dans le Tarn une mobilisation contre une retenue d’eau qui doit irriguer les exploitations agricoles de la région... ». Un ton assez dédaigneux et une présentation soit disant neutre qui amène obligatoirement cette réflexion de la part des auditeurs : « Mais qui sont ces salauds qui veulent empêcher les pauvres agriculteurs d’irriguer leur champs ? ». La neutralité journalistique c’est un métier.

Puis est arrivée le meurtre de Rémi Fraisse, et là la machine médiatique s’est mise en route.

Le Monde, Le Figaro, Libération, Médiapart, le Parisien, France Inter, France Info, Europe 1, RTL, TF1, France 2, France 3, Canal plus, Arte, M6, BFM, LCI, iTélé ont consacrés leur une, ont envoyé des journalistes, organisés des débats, consacrés des pages entières sur la lutte du barrage de Sivens.

La zone s’est retrouvée envahie de journalistes. Une zone d’accueil des journalistes a été mise en place, on doit demander « systématiquement pour prendre une photo ou un enregistrement sonore. Ce qui paraît extraordinaire n’est autre qu’une simple protection de la vie privée des personnes. Non, les lieux ne sont pas un espace public, pas un terrain neutre.  » (extrait d’un article de Reporterre) et beaucoup de militants ont du gérer cette arrivée massive, alors qu’ils sont sous le coup de l’émotion, avec les questions autour de montrer son visage ou non, quelle image va t-on donner, ne pas dire de bêtise par rapport au deuil de la famille, être prudent.

Les proches de Rémi Fraisse ont été harcelés au téléphone avec pas moins de 150 appels par jour d’après Tant qu’il y aura des bouilles vendredi 31, le site des opposants de la zone. Ceux-ci ont pourtant été clair, ils ont donné un entretien au site Reporterre, et c’est l’unique témoignage qu’ils donneront dans les médias.

Les élus écologistes et Ben Lefetey, porte parole du collectif Testet surtout ont fait le marathon des JT et radios. Il a parfaitement joué son rôle de bon client, quelqu’un qui parle de manière concise, rapide et clair, aller à l’essentiel parce que les médias vont vite, ils n’ont pas le temps. Mais il a réussi dans la cohue médiatique et les questions tel que « qui sont les casseurs ? » à faire passer le message de fond de la lutte.

Mais il faut comprendre les journaux 

Un mort c’est grave et les médias aiment ce qui est grave.
Un mort ça suscite de l’émotion et les médias aiment ce qui suscite de l’émotion. Une émotion c’est neutre c’est consensuelle, tout le monde a la même émotion face à ce drame. D’ailleurs les journaux emploient systématiquement le mot « mort » et non « meurtre » pour parler de Rémi Fraisse. Or que je sache ce jeune homme n’est pas tombé dans un trou ou d’un arbre, il a reçu une grenade incendiaire dans le dos, il s’agit donc d’un « homicide commis avec violence » soit un meurtre selon le dictionnaire. Je ne dis pas qu’il s’agit d’un assassinat – un meurtre avec préméditation, mais que l’action soit volontaire ou involontaire, qu’il s’agisse d’un accident ou d’une bavure, il y avait quelqu’un qui a tiré cette grenade incendiaire c’est donc un meurtre. Employer le mot « mort » renvoie à l’émotion, au recueillement tout le monde est triste de la mort de quelqu’un, en revanche employer le mot « meurtre », on se demande de suite mais alors qui est le meurtrier ? Qui est le salaud qui a fait ça ? C’est tout de suite clivant, ça met en cause les forces de police, et ça légitime un peu la colère et les casses dans les villes. On rend hommage dans le silence et de manière non-violente à un mort, alors qu’on ne comprend pas et on est en colère face à un meurtre.

Nous avons en France pas moins de 10 journaux d’information nationaux, une quinzaine de chaines de télévision avec un journal national et une trentaines de radios qui émettent en national, tout cela au nom de la pluralité de l’information.
Une pluralité qui permet de ne pas parler puis de parler exactement des mêmes sujets en même temps.

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