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Un bouclier social face à la crise !

Annick COUPÉ (Solidaires), Thomas COUTROT (ATTAC), Michel HUSSON (Fondation Copernic), Evelyne PERRIN (AC !), Philippe VILLECHALANNE (APEIS)

mardi 13 janvier 2009

La crise économique due au délire spéculatif du capitalisme entraîne d’ores et déjà un accroissement rapide du chômage : on annonce des centaines de plans de licenciements, tandis que les CDD et les missions d’intérim ne sont plus renouvelés. 2009 verra un terrible recul de l’emploi et un chômage massif.


C’est dans ce contexte qu’intervient le renouvellement de la convention d’assurance-chômage, qui va régir les conditions d’indemnisation pour les deux ans à venir. L’enjeu est donc d’une importance cruciale pour les salariés et les futurs chômeurs. Or, que prévoit la convention telle que proposée par le patronat et adoptée par la CFDT (la CGT, la CFTC et FO la rejetant) ? Le Medef, soutenu par MM. Sarkozy et Fillon, a obtenu deux de ses objectifs : la création d’une filière unique d’indemnisation, et l’annonce d’une baisse des cotisations d’assurance-chômage au 1er juillet 2009.

Certes la durée d’affiliation ouvrant droit à l’indemnisation sera réduite à quatre mois sur une période de référence portée à 28 mois (mais six mois sur 12 si le chômeur a entre temps retrouvé un emploi), ce qui ferait indemniser 100 000 chômeurs de plus par an ; mais les durées d’indemnisation sont revues fortement à la baisse au-delà de 15 mois d’affiliation : alors que, par exemple, l’actuelle filière III (16 mois travaillés sur 26, soit 41 % des indemnisés) prévoit 23 mois d’indemnisation, la filière unique repose en effet pour la première fois sur le principe « un jour cotisé = un jour indemnisé », beaucoup plus défavorable aux chômeurs de longue durée.

Quant à la prime de 300 euros un temps annoncée pour les jeunes de moins de 25 ans (exclus du RMI et du futur RSA), il n’en est plus question, si dérisoire pouvait-elle apparaître quand on connaît la précarité des jeunes et leur faible accès à l’indemnisation du chômage.

Le chômage est très mal indemnisé en France. Moins de la moitié des chômeurs inscrits à l’ANPE touchent une indemnité, et pour des montants plus faibles et des durées plus courtes que dans de nombreux autres pays européens. Les primo-demandeurs d’emploi, les précaires aux périodes d’emploi trop courtes, en sont exclus, alors même que les CDD représentent les ¾ des embauches, pour une durée moyenne d’un mois et demi. En dehors du régime d’assurance-chômage, les minima sociaux condamnent à l’indigence : l’allocation de solidarité spécifique est de moins de 15 euros par jour, le RMI de 394 euros par mois.

Selon la nouvelle convention UNEDIC, qui reprend les propositions du MEDEF, les chômeurs basculeront plus rapidement dans la misère. A terme le « modèle social » visé est clair : le RSA va encourager les entreprises à offrir des petits boulots ; l’obligation d’accepter toute « offre raisonnable d’emploi » va contraindre chômeurs et anciens RMIstes à les accepter. Cette pression, renforcée par le gonflement d’un chômage de masse, va encore peser davantage sur les salaires de tous.

Or cette crise n’est pas due à quelques spéculateurs irresponsables, mais fondamentalement à la compression des salaires et à l’explosion des profits au cours de ces vingt dernières années, qui a conduit à un recul de dix points de la part des salaires dans la valeur ajoutée nationale. Ce sont ces profits non réinvestis qui sont allés nourrir la spéculation. Il serait injustifiable, tant au plan moral qu’économique, que les salariés en poste ou au chômage fassent aujourd’hui les frais de cette crise.

En France, partout la colère gronde. La manifestation du 6 décembre appelée par les associations de chômeurs a rassemblé bien plus de monde que les années précédentes. Le spectacle de l’enrichissement de quelques uns, des énormes bénéfices des multinationales, des plans de sauvetage multimilliardaires, devient intolérable dans un contexte d’appauvrissement général. Nous n’accepterons pas de nouveaux reculs des solidarités, facteurs de crise aggravée. Chômeurs, précaires, salariés doivent bénéficier aujourd’hui d’un véritable bouclier social, financé par un nouveau partage des richesses.

Les licenciements doivent être interdits dans les entreprises qui font des bénéfices et chez leurs sous-traitants. Pour éviter les licenciements, les entreprises doivent réduire le temps de travail ; en cas de faillite, les salaires des licenciés doivent être maintenus grâce au produit d’une taxe sur les dividendes abondant un fonds patronal.

Pour empêcher une flambée de la misère, les allocations de chômage doivent être augmentées et leur durée prolongée jusqu’à retrouver un emploi librement choisi. Il faut indemniser toutes les formes de chômage et de précarité (intérimaires, intermittents, saisonniers, stages, temps partiels imposés...), ainsi que les primo-demandeurs d’emploi. Un revenu décent et la continuité des droits sociaux doivent être garantis pour tous, ce qui suppose de relever très fortement les minima sociaux (RMI, API et revenu minimum garanti du RSA, AAH, ASS…).

Pour éviter une explosion du nombre de SDF, il faut bloquer les loyers, arrêter les expulsions locatives et réquisitionner les logements vides, engager immédiatement un plan de construction massive de logements sociaux. Supprimer le bouclier fiscal, interdire l’évasion vers les paradis fiscaux, instaurer une politique fiscale redistributive et la taxation du capital et des transactions financières : personne ne peut plus le nier, on peut trouver rapidement les ressources pour bloquer l’effondrement économique et social qui menace.

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