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Pas de fréquences pour les TV associatives. Plus de fréquences pour les radios ?

A Montpellier, les micros associatifs s’accrochent à leur fréquence.

mercredi 8 février 2006, par Tv Bruits

En revoyant région par région le partage de la bande FM, le CSA inquiète les petites radios locales.


Libération 8 Février 2006
par Pierre DAUM

« C’est sûr qu’on a peur. Cela a beau faire presque vingt ans qu’on existe, voilà qu’on est obligé de rendre notre fréquence, sans être sûr de la récupérer. » Cheveux longs maintenus par un élastique, cigarette roulée à la main au coin de la bouche, même pas trente ans, Gilles Gouget est directeur d’antenne de Divergence FM, une des trois radios alternatives de Montpellier. Une radio dont les ancêtres ont piraté la bande FM dans les années 1980, avant d’obtenir du CSA, en 1992, l’autorisation officielle d’occuper un espace en modulation de fréquence. Une station qui, dans le cadre du grand chantier de réattribution des fréquences du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), va devoir rendre la sienne. Et déposer un dossier pour la récupérer.

« Méthodes prédatrices ». « On aborde l’épreuve dans une situation de grande faiblesse. La suppression des emplois aidés (emplois-jeunes, contrats emploi solidarité, etc., ndlr) a porté un coup très dur aux radios non commerciales. » Avec des émissions sur le jazz, la chanson ou la musique persane, des débats politiques traitant de sujets locaux, des rêveries esthétiques comme « Le nu dénudé », Divergence FM se veut « un média citoyen de proximité, grâce auquel chacun peut exprimer ce qu’il a sur le coeur ou dans la tête » (dixit Manuel, le technicien-animateur-standardiste-archiviste-programmateur-producteur). Avec moins de 100 000 euros par an (dont 60 % proviennent du fonds de soutien du CSA en faveur de radios dont les revenus publicitaires ne dépassent pas 20 % de leur budget), Divergence FM ne peut s’offrir que deux postes et demi de salariés à plein temps. Mais propose cependant un large panel d’émissions de qualité, animées par une soixantaine de bénévoles. « Et voilà qu’on va être à nouveau mis en concurrence avec des radios commerciales, dont on connaît les méthodes prédatrices », s’inquiète Gilles.
Au CSA, on tente de rassurer tout le monde : « C’est vrai que la loi n’offre aucune garantie aux radios existantes de récupérer leur fréquence, reconnaît Flore Iborra, de l’antenne du CSA pour le Grand Sud. Toutefois, dans le nouveau plan d’optimisation de la bande FM, nous allons être en mesure d’offrir plus de fréquences sur chaque zone. » Cette bouffée d’air va-t-elle profiter aux radios alternatives ? Pas sûr, car qui dit nouvelles fréquences ne dit pas nouvelles radios. Outre que Radio France va exercer son droit de préemption sur plusieurs fréquences, bon nombre d’entre elles vont être utilisées pour étendre le réseau de radios commerciales déjà existantes.
Pour les radios non commerciales, les exemples récents de redistribution de fréquences par le CSA, à l’occasion de la disparition de telle ou telle radio, ne sont pas encourageants. A Sète, en 2000, après la disparition de Fréquence Sud, une quinzaine de projets sont en concurrence, dont Radio Clapas, une célèbre station alternative de Montpellier. « Cela aurait créé une vraie antenne de proximité, dans le droit fil de la diversité, que le CSA se targue tant de promouvoir, insiste Alain Vaquié, président de Radio Clapas. Au lieu de cela, le Conseil a choisi RTL2 ! » Explications de Flore Iborra : « A l’époque, RTL était très mal représenté dans la région. Le Conseil a voulu réparer un déséquilibre... »

20% de pub autorisée. Autre exemple : à Montpellier, la Fédération des oeuvres laïques (FOL) a longtemps partagé une fréquence avec les Protestants de FM Plus. En 2000, la FOL se retire. Au lieu de permettre à FM Plus de disposer enfin d’une fréquence complète, le CSA retient un projet aux apparences non commerciales, mais qui dépassera rapidement les 20 % de publicité autorisées. A Nîmes, sur quatre fréquences associatives attribuées, deux ont des affinités marquées avec l’extrême droite...
« Cela pose un problème fondamental, qui concerne l’impossibilité d’expression de pans entiers de la société, fait remarquer Jean-Paul Gambier, président de la Fédération des radios associatives non commerciales du Languedoc-Roussillon. Prenons par exemple Perpignan. En mai 2005, Gitans et Maghrébins se sont violemment affrontés. Est-ce normal qu’aucune de ces deux communautés, pourtant très présentes dans la ville, ne dispose d’une fréquence spécifique sur la FM locale ? »

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